AccueilRICOCHETSCOMPLOT DSK: LA FIN DE LA VéRITé, LE RETOUR DE LA FOI

Complot DSK: la fin de la vérité, le retour de la foi


Publié le 06/07/2011

Image actu

« Sortons du temps de Twitter ! ». Manuel Valls s’est exprimé mercredi matin sur les ondes d’Europe1* en fustigeant le réseau social, responsable selon lui du « torrent de merde » déversé en ce moment dans les médias français à propos de l’affaire DSK. Il est vrai que la rapidité de diffusion des données via des réseaux comme Twitter change structurellement notre rapport à l’information. Les technologies digitales ressuscitent le collectif contre l’individu, l’émotion contre la résistance à la pulsion, l’intensité de l’éphémère contre la croyance en l’éternité.

 

Le fait digital et les nouvelles technologies nous font vivre de manière intense, nous transformant à nouveau en animaux primitifs, guidés par notre bon vouloir et l’envie de se connecter ATAWAD à la source d’information la plus proche pour y dévorer la nouvelle info disponible avec gourmandise (et gloutonnerie). Ce nouvel état illustre un changement très profond.

 

L’époque que nous vivons est la fin d’une parenthèse, celle qu’a représentée la civilisation judéo-chrétienne. Cette dernière a créé un cortex culturel et civilisationnel qui a influencé le monde pendant deux mille ans. Nous arrivons à la fin de cette influence. D’autres valeurs sont en train de s’imposer. La notion de vérité a à cet égard totalement disparu car nous revenons à une réalité empreinte de présentéisme. En vivant au jour le jour, en temps réel, la vérité est celle de l’instant, et peut changer à tout moment : un jour DSK est coupable, le lendemain il ne l’est plus.

 

En un storytelling autogénéré par notre gourmandise médiatique et le fait technologique, la vérité disparaît au profit de l’instantané. C’est ce que la philosophe Chantal Delsol met en exergue dans son essai L’âge du renoncement**. Pour cette dernière, l’observation de notre époque nous permet de remarquer que nous avons arrêté de chercher la vérité absolue, nous réfugiant dans un quotidien que nous investissons de valeurs sacrées.

 

La Vérité avec un grand V a disparu, ce qui ne fait pour autant pas disparaître le concept de foi, bien au contraire. La fin des grandes religions n’est pas marquée par une désacralisation mais au contraire par une remontée de la foi. Mais la foi est plus fugace, volage. Les communions de masse comme les concerts de Lady Gaga ou les grands matchs de football, les objets indispensables de notre quotidien comme l’iPhone ou encore les réseaux sociaux comme Facebook sont devenus des objets de foi sinon de culte, les réceptacles de notre capacité à croire.

 

Les théories du complot émergeant autour de l’affaire DSK et auxquelles on se plaît à croire illustrent notre capacité à investir nos émotions dans des histoires auxquelles on croit et de se plonger dans des théories que l’on va défendre devant collègues, amis, famille avec ardeur. Nous ne connaîtrons sans doute jamais la Vérité de l’affaire DSK. Et peu importe. Même le plus « abracadabrantesque » trouve crédit à nos oreilles. Il s’agit d’un réinvestissement de notre capacité à croire, non plus dans les « Grands Récits » mais dans des petits récits du quotidien. Pour autant, cela ne fait pas de nous des nihilistes totalement déconnectés de toute émotion. Au contraire. Dans un monde sans vérité, la foi surgit partout. Désolé Monsieur Valls, il va falloir vivre avec. A nous de savoir gérer cette nouvelle donne médiatique et sociologique.

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 

 

• * http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/07/06/97001-20110706FILWWW00277-dsk-valls-denonce-un-torrent-de-merde.php

• ** L’âge du renoncement, Chantal Delsol, Ed. Cerf, coll. La Nuit Surveillée, 2011

Commentez


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI




Abonnez-vous à la revue
RECHERCHER PAR