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Présidentielle: où est l’émotion?


Publié le 11/04/2012

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L’émotion est un des maître-mots du 21ème siècle. Elle est partout. Elle est palpable. Une émotion consubstantielle du nouveau paysage media car elle est connectée : hurlements des filles aux concerts de Justin Bieber saisis en direct par des milliers de téléphones mobiles brandis comme un signe de reconnaissance et aussitôt « likés », partagé, commentés ;  succès de la série BREF ; relais des actions des Anonymous ; réactions et « retweets » spontanés sur Twitter, 99% des échanges de vidéo sur YouTube ou DailyMotion

 

Aujourd’hui tout répond à une émotion : tour à tour le rire, la tristesse, la nostalgie, l’effroi, ou la peur. Les nouveaux médias, les technologies, et le fait digital offraient pourtant pléthore de solutions et de pistes intéressantes…

 

Ces canaux sont un vrai réservoir d’émotion, de connexion et permettent à présent de vivre l’émotion de manière intense, forte, et connectée. Les médias digitaux sont de très forts véhicules narratifs et nous nous rendons de plus en plus compte qu’ils nous aident à assouvir l’un de nos instincts les plus primaires et essentiels : nous raconter des histoires. Créer des récits pour mieux affronter la réalité est un instinct primaire de l’être humain. Les mythes naissent de ce sentiment, et les histoires créées, l’inconscient collectif nous poussent instinctivement à nous raccrocher à des univers narratifs et à les relayer.

 

Cette soif narrative ne disparaît pas et est même accélérée par les médias digitaux qui propulsent de plus en plus le phénomène du storytelling. Tant que subsiste cet instinct, les récits ont de beaux jours devant eux. Nous pouvons être sûrs que nous aurons encore pour longtemps besoin de ressentir et de vivre le désir de nous sentir vivants et de remplir le « temps mort » dont parle Mircea Eliade. Ce temps qui nous rapproche de notre propre mortalité. Les technologies ne cessent de renforcer ce sentiment, en « live ».

 

C’est ce qu’auraient dû comprendre les candidats à la présidentielle. Cette campagne est en effet une des plus mornes qui ait jamais eu lieu. Là où François Mitterrand et Jacques Chirac avaient capitalisé et su, chacun dans leur style, faire émerger une volonté commune, là où Obama avait réussi à faire naître une émotion sociale via les réseaux sociaux, là où Nicolas Sarkozy avait su mettre en avant une vraie dynamique en 2007, la campagne 2012 est vide d’affect, vide de passion.

 

Personne n’a réussi à imposer son agenda émotionnel, aucun candidat n’a vraiment su en profiter. Tous sauf un… Face au vide intersidéral d’affect et de thème porteur, il n’y a que Jean-Luc Mélenchon qui tire son épingle du jeu. Pourquoi ? La réponse est triple : c’est le seul qui est vraiment (presque) nouveau, le seul qui suscite une réelle sympathie des Français (dont l’étymologie signifie « souffrir avec »), mais surtout le seul qui surfe sur une émotion réelle (celle de l’indignation, portée auparavant par Stéphane Hessel).

 

Pas étonnant dès lors qu’il soit qualifié par le Guardian de meilleur candidat de la campagne, et répondant « le mieux aux attentes des Français ». Pas étonnant qu’une campagne de buzz très maline joue sur ce sentiment et utilise son image et pas celle d’un autre candidat pour vanter ses mérites en chanson.

 

L’émotion paie toujours. Bientôt le verdict.

 

 

 

 

Prends le pouvoir sur moi Jean-Luc Melenchon from Victoire Passage .

 

 

 


Thomas Jamet Moxie – Président (Groupe ZenithOptimedia - Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 

 


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

 

 


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