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Postmodernisme: le passé c’est l’avenir


Publié le 02/11/2011

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Postmodernism, Style & Subversion 1970-1990*. C’est le titre d’une des expositions londoniennes dont on parle le plus en ce moment, présentée au V&A Museum. Elle propose une collection passionnante d’œuvres d’artistes postmoderniste, d’Andy Warhol à Ridley Scott en passant par Jeff Koons, Grace Jones ou encore Klaus Nomi. Ces touche à tout de génie ont semblé manipuler le pastiche, la dérision, l’excès et les paradoxes assumés avec brio, utilisant l’art du copier coller et de la démesure avec beaucoup de brio.

 

Mais un des éléments clé du mouvement postmoderniste est mis en avant dans cette exposition qui nous montre que le mouvement postmoderniste, né à la fin des années 60 et au début des années 70 est avant tout, paradoxalement, un vrai retour vers le passé. Une révolution en quelque sorte, mot dont l’étymologie signifie littéralement « revenir en arrière ». Le postmodernisme est en effet un «historicisme», gommant des siècles de négation du passé que la culture moderne avait effacée, préférant le futur et le contemporain comme modèles.

 

La présence du passé, dans les œuvres présentées à Londres, est totale, comme le montrent dans cet exposition le Louis XIV argenté de Koons, les construction architecturale s’inspirant de l’antiquité peuplant les constructions à Las Vegas dans les seventies, les « teapots » en forme de temple maya ou encore Grace Jones représentée en divinité païenne dans une robe de Jean-Paul Goude. Le mouvement postmodernisme est inspiré par le passé, avec un sens élégiaque que le modernisme (avec sa vision progressiste, uniforme, volontairement tournée vers le futur et l’idéal du progrès) avait voulu faire disparaître.

 

Cette exposition met en lumière ce qui est en jeu en ce moment : un recentrage sur les valeurs antiques. En quelque sorte ce que nous vivons en ce moment : une nouvelle Renaissance. Non seulement nous connaissons un renouveau des arts, une remise en question du modèle économique, une nouvelle vision du monde. Le XVème et XVIème siècles avaient Copernic, Galilée et Gutenberg, nous avons (toutes proportions gardées) Google,  Facebook et Wikipedia. C’est exactement ce que l’historienne Régine Pernoud décrit : la Renaissance des XVe et XVIe siècles avait ceci de spécifique qu’elle remît au goût du jour les œuvres antiques. Les philosophies romaines, grecques et antiques deviennent en effet à l’époque à nouveau une source d’inspiration puissante. Les étudiants à l’Université retrouvent le goût de l’enseignement des « humanités » et les Anciens suscitent une réelle admiration.

 

Ce «dépoussiérage antique» est intéressant à plus d’un titre en ce qu’il démontre que les grandes périodes de transition sont l’occasion – consciemment ou inconsciemment – de refonder une civilisation ou une culture sur des bases solides et souvent très anciennes. Cette nouvelle renaissance que nous serions en train de vivre obéit au même schéma. Nous semblons en effet replonger aux racines de notre condition humaine. Et le postmodernisme des années 70 et 90 annonçait ce qui arrive aujourd’hui avec le digital : le retour aux valeurs primitives. Car finalement « nous n’avons jamais été modernes » comme l’assénait Bruno Latour en 1991. Une antienne proche de ce que New Order disait en 1986 dans sa chanson « Bizarre Love Triangle » :"Why can't we be ourselves like we were yesterday ?". Le passé est la clé de notre avenir.

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 

* lire un excellent article à son sujet ici

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