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Porn-stars, les sorcières postmodernes


Publié le 04/04/2012

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Les origines : la femme a longtemps été supérieure à l’homme dans l’imaginaire collectif


La mythologie naît parfois de la profonde angoisse causée par des problèmes pratiques et ne pouvant pas être apaisée par des arguments logiques. En chassant les mammifères et en voyant le sang couler, semblable au leur, les hommes du paléolithique ont créé des mythes et des rituels qui permettaient vraisemblablement de faire accepter le massacre. A l’époque, ce sont les déesses qui dominaient souvent dans les Panthéons primordiaux. La figure des déesses-mères originelles en témoigne. Car la femme est en effet celle qui donne la vie. Et les hommes se rendent compte que, si même les plus valeureux chasseurs sont remplaçables, il n’en est rien de la femme car elle assure la continuité de la tribu.

 

Mais les déesses n’ont alors rien de la figure protectrice d’une Vierge Marie. Elles inspirent un effroi religieux terrible et représentent des figures sauvages, vengeresses et implacables. Bon nombre de sociétés primitives (en Afrique notamment) rendaient par exemple un culte à la mante religieuse. Les sociétés patriarcales ont laissé de côté les femmes mais elles semblent retrouver leur statut mythologique…

 

 

Redéfinition de la figure féminine au XXIème siècle : le retour de la déesse et de la sorcière

 

Une exposition se termine tout juste à Paris : « Sorcières, Mythes et réalités », qui a connu un grand succès. Elle a (entre autres) consacré le retour de cette figure. Synonyme de mystère, la sorcière incarne avant tout la répulsion et la peur de la femme de la part de l’homme. Comme le résume Michelet : « pour un sorcier, dix mille sorcières » ! Preuve en est que la femme est toujours suspecte…

 

Aujourd’hui une vision polymorphe de la femme est radicalement en train de se cristalliser à nos yeux : de la « sainte » Aung San Suu Kyi à la figure de la force incarnée par Margaret Tatcher au cinéma récemment dans « La dame de fer », en passant par des stars comme Dita Von Teese, Lady Gaga ou Rihanna, les femmes n’ont jamais été aussi visibles et puissantes. A cet égard les porn-stars sont très intéressantes. Une mutation «animale» et sauvage est très visible dans cette figure et la femme reconnecte avec le mythe de la liberté. Sexuelle et sociale. Des actrices comme Stoya (sur la photo) ou Sasha Grey réinventent en effet la figure de la rebelle et de la domination de la femme sur l’homme.

 

D’autres comme Katsuni sont plus proche de la figure de la déesse, du shaman : intelligente, intello, businesswoman…  Quelle qu’elle soit, la porn star a tout de la figure de la sorcière. Elle incarne une figure bien connue : la « figure de l'excès ». Et fait forcément peur. Pour le sociologue Olivier Sirost, notre société ingère des « symboles de régénération des imaginaires sociaux, ceux mêmes qui prônent l'intensité de la dépense, le dépassement des limites physiologiques et psychiques ». En confrontant leur corps, leur apparence et leur sexualité au monstrueux, au primitif et au bestial via des pratiques, des piercings ou des tatouages, ces femmes symbolisent ce que Michel Maffesoli appelle « la Part du Diable ».

 

Elles réinventent le pacte avec le Diable postmoderne via le sabbat, des orgies, des maléfices, des filtres d’amour… Leur attitude est évidemment résolument provocatrice mais également très initiatique en ce qu’elle représente un aller-retour avec l’extrême et le bestial. Dans un élan hédoniste évident, elles incarnent une « sauvagerie latente, une animalité sereine ». Elles reconnectent avec le mythe de la sorcière en devenant ces sorcières postmodernes, qui fascinent mais qu’il faut détruire.

 

Cette figure est en train de monter, preuve peut-être que la femme redevient dangereuse pour l’homme. L’énergie féminine est à canaliser. Burn the witch.

 

 

Thomas Jamet   President de Moxie (Groupe ZenithOptimedia - VivaKi - Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 


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