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L’érotique de l’horreur


Publié le 09/11/2011

Image actu

 

 

Georges Bataille est un philosophe mythique. Sa pensée est extrêmement importante et nous aide à comprendre le contemporain. Celui qui ne se disait « pas philosophe, mais un saint, peut-être un fou » s’est notamment énormément intéressé aux sacrifices humains. Il avait en permanence sur lui plusieurs photos d’un supplicié chinois, qu’il portait comme une icône, montrant l’odieuse image d’un condamné à mort dépecé vivant. «Je fixais l’image photographique d’un Chinois (…)» disait-il. » Le patient, la poitrine écorchée, se tordant, bras et jambes tranchés aux coudes et aux genoux. Les cheveux dressés sur la tête, hideux, hagard, zébré de sang, beau comme une guêpe. Ce jeune et séduisant chinois, livré au travail du bourreau, je l’aimais d’un amour où l’instinct sadique n’avait pas sa part : il me communiquait sa douleur, ou plutôt l’excès de sa douleur, et c’était exactement ce que je cherchais, non pour en jouir, mais pour ruiner en moi ce qui s’oppose à la ruine ».

 

Par cette observation pornographique d’un supplicié, on comprend que sacrifice, violence et érotisme font parfois partie de la même pulsion. Il s’agit de l’antique bataille entre Eros et Thanatos, entre pulsion de vie et pulsion de mort. Pour Bataille, le sacrifice comme l’érotisme répondent de la même logique. C’est la même transgression qui permet d’accéder à la sphère du sacré. L’homme obéit au même mouvement ascendant qui le met en rapport avec un ordre supérieur (le divin, la sainteté, l’amour et la mort idéalisés) et à un mouvement descendant le mettant en rapport à un ordre inférieur (la souillure, le sang, l’amour et la mort matérialisés).

 

Se fondant sur les acquis de l’histoire des religions, Bataille montre que le sacrifice correspond à une exigence de sacré et que si celui-ci a disparu sous l’influence du christianisme, l’homme le rejoue sous le registre de l’érotisme, forme emblématique de l’excès.

 

Les milliards de vidéos pullulant sur Internet, que cela soit sur des sites de partage de vidéos comme YouTube, DailyMotion, mais aussi sur des réseaux moins consensuels comme 4Chan ou YouPorn montrant des accidents, des crashs, des scènes violentes, des décapitations de prisonniers par des groupes terroristes ou des scènes d’orgie, de sadomasochisme ou de sexe en groupe sont l’équivalent des photos du supplicié chinois de Bataille. La différence est qu’aujourd’hui ce qui était désigné comme ob/scène et laissé volontairement off/scène (en dehors de la scène) est devenu on/scène.

 

A l’ère digitale, tout est accessible et réinjecte ainsi de l’énergie dans notre fascination immémoriale pour la violence. Ces images et leur consommation non refrénée sous l’action de nos pulsions scopiques excitent notre œil pinéal quasi érectile. Il s’agit là d’une réelle incarnation d’un érotisme primitif et transcendental car notre nature humaine nous reliant intimement et intrinsèquement au sacré, nous pousse tous les jours à consommer ces images pour recréer notre besoin primal de recours au sacrifice.  C’est l’érotique de l’horreur.

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 

 

 




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