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Le cygne noir et l'eucatastrophe


Publié le 03/10/2012

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Crises et solutions anti-crise, changements de régime et transitions politiques, accords diplomatiques et retournements de situation, solutions providentielles… L’actualité nous a fait entrer depuis un certain temps déjà dans des storytellings qui prennent parfois un tour un peu différent de ce qui aurait pu être imaginé logiquement. C’est le principe du « Black Swan ». L’économiste libano-américain Nassim Nicholas Taleb a développé une théorie sur le rôle de l’imprévu et le potentiel d’étonnement généré par des situations, des accidents, des événements totalement imprévisibles.

 

Son livre (« Black Swan ») a été décrit par le magazine britannique Sunday Times comme un des ouvrages les plus influents depuis 1945. Dans cet essai, Taleb se base sur le fait que nous déduisons toujours qu’une chose est impossible si nous ne la voyons pas. Par l’observation nous pensons que les cygnes sont blancs, jusqu’à ce qu’un cygne noir apparaisse et remette totalement en cause notre perception du monde. Mais rien ne nous permettait d’imaginer qu’une telle créature existât.

 

Pour l’économiste, l’apparition d’Internet, la première Guerre Mondiale et les attentats du 11 septembre 2001 sont des cygnes noirs. Taleb avait ainsi « prévu » la crise économique de 2009 en critiquant les méthodes de régulation économiques ne se basant que sur l’observation et la réaction par rapport à des événements s’étant déjà produits, excluant totalement l’improbable. Mais le Black Swan est souvent vu comme un phénomène négatif. Il peut aussi être positif. Car au pire peut succéder un retournement de situation positif. Le meilleur, même imprévu, n’est jamais à exclure.

 

« L’eucatastrophe » est un terme lumineux qui peut décrire l’état dans lequel le monde pourrait se retrouver plongé ou qu’il ne faut en tous cas pas exclure. Ce néologisme a été imaginé par JRR Tolkien, l’auteur d’ouvrages mythiques comme « Le Seigneur des Anneaux » ou « Bilbo Le Hobbit ». Inventé par Tolkien lors d’une réflexion sur la fonction des contes de fées dans le cadre de la rédaction de son essai « Du Conte de Fées » publié en 1947, il désigne un changement radical, dans le cours d’un conte ou à sa fin, allant dans le sens de la victoire ou de l’accomplissement positif de la quête d’un des personnages.

 

En injectant le préfixe « eu » (qui signifie « bon »), au mot grec « catastrophe » signifiant un événement soudain, négatif, provoquant la ruine, la mort, Tolkien invente le retournement positif. Un événement inattendu pouvant changer le cours des choses. De tels retournements apparaissent dans tous les films comme le retour d’un personnage qu’on croyait mort et qui revient sauver le héros. Une bonne catastrophe, un événement qui ne nie pas l’existence de la catastrophe, mais qui, dans le conte de fée est un ressort formidable, un rebondissements des plus extraordinaires, qui pour Tolkien justifie l’existence même du genre « fairy-tale ». Une grâce miraculeuse, soudaine, provoquant une puissante émotion, donnant les larmes aux yeux au lecteur. De tels retournements apparaissent dans tous les films comme le retour d’un personnage qu’on croyait mort et qui revient sauver le héros, comme le surgissement de Gandalf le Gris devenant Gandalf le Blanc dans le « Seigneur des Anneaux », ou dans l’actualité une « eucatastrophe » qui pourrait être le retour (providentiel) de Nicolas Sarkozy (pour certains ;).

 

L’eucatastrophe est donc techniquement très différente du « happy end », qui signifie une fin définitive de l’histoire avec un retour ferme et définitif à l’ordre positif des choses, une fois le monstre tué, remettant l’ordre cosmique dans le bon sens. La notion d'eucatastrophe, au contraire, porte en elle un pessimisme diffus. C’était la vision de Tolkien, sous-tendant toute sa mythologie : le mal ne peut être battu momentanément et il reviendra jusqu'à sa chute finale à la fin des temps.

 

Si le concept d’eucatastrophe est donc un retournement de situation dans le bon sens, il porte en soi consubstantiellement le concept que l'avenir meilleur qu'il promet n'est pas destiné à durer, tant que dure l’histoire. Car dans un conte de fées, le mal est toujours là. Il peut être défait mais l’avenir est incertain. Comme dans toute histoire postmoderne, rien n’est jamais acquis. Même s’ils peuvent exister, les retournements sont « non durables ». « Unsustainable ».

 

 

 

Thomas Jamet – Moxie – Président (Groupe ZenithOptimedia - Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 

 

 

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