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« Montrer la misogynie bienveillante »


Publié le 12/10/2017

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Être Numéro Une ce n'est pas évident et encore plus quand on dirige une entreprise du CAC 40. C'est ce qu'explique la réalisatrice Tonie Marshall dans son dernier film lors d'une conférence au HubForum. INfluencia vous décrypte son intervention...

 

" Il va vous falloir plus qu’une poignée de soutiens et un peu de presse pour gagner cette bataille", lance l’homme pugnace et paternaliste. " Des compétences peut-être ", rétorque sans faillir la femme sûre d’elle aussi. A l’arrogance, le pragmatisme. Il n’en reste pas moins que si ce dialogue, extrait du long métrage « Numéro Une » témoigne d’un égal rapport de force, il est d’une grande violence, et résume parfaitement le propos du film. Porté à l’écran par Tonie Marshall et sortie en octobre  qui était aussi « La journée de la fille », il raconte comment une femme devient la présidente d’un groupe du CAC 40. Un récit nécessaire comme l’a expliqué sa réalisatrice, invitée du HubForum qui a abordé plusieurs thèmes avec elle.

 

 

La femme et les responsabilités ? Aborder ce sujet est important, car si les femmes représentent 36% des équipes dirigeantes et décisionnaires, elles ne sont plus que 11% à être à la tête d’une entreprise et encore moins dès qu’il s’agit d’un grand groupe coté en bourse. Pourquoi explorer particulièrement cet univers de l’industrie ? Après avoir regardé le parcours de femmes dans d’autres milieux, celui de l’industrie et d’un groupe du CAC 40 s’est imposé. C’était un terrain vierge. C’est aussi ce qui se passe dans les PME et autres start-up… De plus les entreprises sont des endroits où beaucoup de gens travaillent et qui régissent nos sociétés. En outre, grâce à Raphaëlle Bacqué, journaliste j’ai pu réfléchir à ce monde, mener l’enquête et rencontrer des femmes qui m’ont raconté leurs parcours et leurs envies.

 

 

Axa soutien numéro un.e

 

Pouvoir aborder ce point de leurs désirs ou aspirations était précieux, car je me suis vite aperçue à quel point cette organisation encore tellement masculine peut peser sur des décisions et des options de carrières et ce dès le plus jeune âge. En effet certaines m’ont dit qu’elles avaient hésité à se lancer dans certaines formations qui les auraient pourtant aidées à évoluer là où elles souhaitaient s’engager professionnellement. C’est dommage parce que dans ces endroits et ces secteurs, on a besoin des femmes dont les actions, les décisions et les façons de penser apportent incontestablement un renouvellement et une modernité notamment pour organiser le travail différemment. C’est d’ailleurs incroyable de constater les bénéfices qu’elles apportent lorsqu’elles arrivent dans un société où on leur donne les moyens de changer. Une approche d’autant plus fondamentale et nécessaire qu’elle a un impact sur la société. Avec pour conséquence : des bénéfices pour tous.

 

Etes-vous optimiste ? Oui et j’espère que j’ai fait un film dont on sort -notamment les jeunes femmes- avec l’envie de se frotter au challenge, d’y arriver, de se dire que c’est possible. Même si ce qu’il montre -et tout est vrai- est froid, violent et peu ragoûtant comme la misogynie bienveillante, ou encore l’approche infantilisante des hommes, la solitude écrasante d’une femme de pouvoir, le rôle de son entourage… Le financement du film n’a pas été évident, pourquoi ? En effet, j’ai eu des difficultés à trouver des fonds car beaucoup avaient des doutes sur le fait qu’un tel film puisse intéresser le public. Ce qui est une aberration quand on pense que l’humanité est composée au moins pour moitié des femmes ! Quelques entreprises se sont proposées et plus particulièrement Axa, car justement le thème leur parlait et correspondait à leur réflexion RH et à leur évolution à l’interne. C’était pour la marque bien mieux qu’un placement de produit et qu’un échange de bons procédés car en étant partenaire, elle partage des valeurs communes. Et diffuse une autre image tout en partageant son regard et son action progressistes sur la société. Or c’est nécessaire, car la répartition des tâches doit aussi se faire dans l’autre sens.

 

Alors pourquoi ne pas imposer le congé de paternité obligatoire ? ce qui éviterait à certains hommes de se demander comment une femme dirigeante peut quand même voir et s’occuper de ses enfants…

 

 

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